Interview de Matthieu Cisel : l'émergence des MOOC

Phénomène lié à la révolution numérique, les cours en ligne, gratuit et ouverts à tous, ou MOOC (Massive Open Online Course), se répandent dans le monde à la vitesse d’une frustration grandissante face aux systèmes d'apprentissage en crise. A la suite du colloque sur les MOOC organisé par Cap Digital au CNAM à Paris, nous avons interrogé Matthieu Cisel, doctorant de l’ENS Cachan spécialiste des MOOC.

En quoi les MOOC participent d’une transformation radicale de l'apprentissage ?

Les MOOC modifient en profondeur les fondements du système éducatif, principalement du fait de leur gratuité et de leur diffusion rendue massive grâce au web. Lancés par de grandes universités américaines (Harvard et le MIT pour edX) pour accroître leur visibilité, les MOOC se sont largement répandus, repris par de nouvelles entreprises type Coursera, ou d’autres universités, permettant un accès au savoir partout dans le monde. Au printemps 2013, Coursera comptait 3 millions d’inscrits. Les MOOC doivent leur succès à leur accessibilité, en terme de coût, de nombre, mais aussi en terme de format, qui s’inscrit en plein dans la révolution numérique. En France, le premier MOOC dans le secondaire se lance aujourd’hui, proposant un programme de révision du baccalauréat de philo. Touchant la génération des digital natives, les MOOC dans le secondaire ont probablement un bel avenir devant eux. Si le baccalauréat est une motivation assurée pour garantir l’assiduité des MOOC du secondaire, il n’en va pas de même pour tous les MOOC. Sur Coursera, il est rare que 10% des étudiants aillent jusqu’au bout de leurs cours. Autre fait notable, l’impact des MOOC sur le marché du savoir sur le long terme n’est pas encore clairement identifié, étant donnée la fragilité des modèles économiques existants.

 

Sur quel modèle économique se reposer?

Bien que l'apprentissage en ligne existait déjà avant leur apparition, les MOOC rencontrent un grand succès, notamment du fait de leur gratuité. Mais qui dit succès ne dit pas forcément durabilité. Les modèles économiques actuels des MOOC reposent majoritairement sur la certification payante des cours en ligne (à distance ou en présentiel), et sur l’investissement à perte des établissements. Sachant qu’en moyenne, moins de 10% des participants obtiennent la certification, ces modèles ne sont pas vraiment viables.Il existe cependant d’autres modèles pour monétiser sa plate-forme de MOOC sur le plus ou moins long terme (évoquées dans le contrat entre Coursera et l’Université de Michigan), un système hybride sera sans doute la meilleure solution :

- Vendre des bases de données comprenant les données sur les étudiants à des employeurs potentiels.

- Utiliser la plate-forme pour évaluer des étudiants ou employés prospectifs ou même pour la formation des employés au sein des entreprises.

- Solliciter le sponsoring des cours par des entreprises tierces.

- Rendre les cours partiellement payants (moins cher que les formations continues).

- Mettre en place un système de tutorat et de notation par des personnes compétentes au sein d’un cours.

 

La plate-forme prendrait une commission sur les sommes versées au tuteur par le participant. C’est la notion de service Premium.

 

Comment les MOOC s'intégrent (ou pas) dans une mutation du système institutionnel?

Certaines universités ont déjà adopté la méthode de la pédagogie dite inversée (récent accord entre la San Jose State University (SJSU) et edX). Dans la pédagogie inversée, le cours magistral en présentiel disparaît; le cours, numérisé, est suivi hors des amphis. Les professeurs réservent leur temps à l’encadrement et à l’interaction avec les étudiants. L’arrivée des MOOC a rendu plus largement possible ce type de pédagogies, qui marient institutions et plate-formes en ligne. Mais certains y voient une menace de l'emploi des professeurs, qui pourraient facilement être remplacés par des assistants. L’enjeu pour les professeurs : avoir une réelle valeur ajoutée à apporter pour accompagner les étudiants, ou bien proposer eux-mêmes des MOOC.Tout est dans une complémentarité selon moi. Il parait désormais essentiel d’évoluer vers la diffusion de savoirs via les MOOC, tout en gardant l’accompagnement des professeurs et le bénéfice des grands campus universitaires (émulation de groupe, sérendipité des rencontres, apprentissage de savoirs-être, …).

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